Les nouvelles technologies au chevet de l’observance médicamenteuse

Au-delà des programmes d’observance et éducation thérapeutique menés par les divers acteurs de santé impliqués auprès des patients (partie qui ne sera pas traité ici), il est intéressant d’effectuer un tour d’horizon de l’évolution des outils pouvant aider à l’observance des traitements et de constater l’implantation des nouvelles technologies au sein de ces outils.

En premier lieu, il convient de présenter (même succinctement, j’en conviens) les enjeux de l’observance en matière de santé publique.

L’observance ; késako ?

La notion d’observance (ou adhérence au traitement) se définit par le fait qu’un patient donné respecte la prescription établie par le médecin. Elle peut s’exprimer par le rapport: nombre de médicaments pris / nombre de médicaments prescrits.

Les pathologies souvent nommées lorsque l’on parle d’observance médicamenteuse sont le diabète, les maladies cardio-vasculaires, les problèmes psychiatriques et à un degré moindre le sevrage tabagique.

La  mauvaise observance pose un problème majeur de santé publique.

Près de 13 millions de personnes en France seraient polymédiquées. Selon un rapport de l’IGAS(1) datant de 2007, la mauvaise observance concernait 30 % à 50 % des patients de manière régulière. Données présentées par pathologies et  détaillées ici dans le cadre d’une thèse réalisée en 2009.

Les répercussions sont d’ordre médical et économique : plus d’un million de journées d’hospitalisation et 8 000 décès par an sont dus au mauvais suivi des traitements. Le surcoût en France avoisinerait les 2 milliards d’euro pour l’Assurance Maladie.

Aux Etats-Unis, le montant des frais hospitaliers liés à la non observance thérapeutique s’élève à plus de 37 milliards de dollars par an. Tandis qu’en Suisse, le coût de la non observance s’élèverait à 200 millions de francs.

Les raisons évoquées du non respect d’un traitement  

Plusieurs facteurs sont avancés pour expliquer les diverses causes probables de la non observance.

Liés au patient :

  • l’âge (adolescence, sénior, sont des tranches difficiles pour des raisons différentes)
  • le déni de sa maladie
  • la mauvaise compréhension de la nécessité du traitement : pourquoi faut-il prendre un traitement même en dehors des crises ?
  • l’absence d’amélioration des symptômes à court terme

Les facteurs liés à la maladie :

  • L’attention se dilue avec le temps, et la baisse des récurrences des crises amène le malade à ne pas prendre son traitement.

Les facteurs liés au traitement :

  • la peur des effets secondaires des médicaments
  • les régimes complexes
  • lassitude liée au traitement
  • les prises multiples quotidiennes.

Les facteurs liés au médecin :

  • la mauvaise communication médecin / patient
  • la trop courte durée de la consultation (manque de temps).

Parce qu’une bonne observance résulte d’une stratégie et des outils adaptés

Quand un patient prend correctement le traitement prescrit, on dit qu’il est observant ou qu’il adhère à son traitement.
Un patient sera considéré comme observant sur le plan de la prise médicamenteuse lorsqu’il prend plus de 75 à 80% des médicaments prescrits  (95% pour des médicaments antirétroviraux dans le cas du VIH).

A cet égard, on identifie deux stratégies d’intervention principales pour augmenter le niveau d’adhésion au traitement thérapeutique : les stratégies éducationnelles (véhiculer l’information) et les stratégies comportementales.
Celles-ci comprennent l’augmentation de la communication et du conseil, la simplification des schémas thérapeutiques, l’implication des malades dans leur traitement, des outils tels que les piluliers…

Les acteurs industriels de la santé impliqués autour de cette problématique

Sans doute parce que les médicaments les plus chers sont ceux qui sont mal utilisés ou non pris, les laboratoires pharmaceutiques se sont engagés depuis quelques années sur ce domaine de l’amélioration de l’observance. Tel MSD qui via une étude réalisée en Asie avait indiquée, il y a déjà quelques années que des contacts téléphoniques répétés, à l’initiative d’un même pharmacien, augmentent l’observance et diminuent la mortalité.

Novartis lança pour sa part, en 2009 les semaines de l’observance dans l’ostéoporose avec plus de 200 000 brochures patients à l’appui.

Plus récemment, Boehringer Ingelheim en collaboration avec la société américaine Healthrageous, Inc dans le cadre d’une étude sur le diabète de type 2 propose un plan d’action personnalisé avec des objectifs d’amélioration du mode de vie, une rétroaction biométrique démontrant les objectifs atteints, un encadrement numérique interactif, un système de récompense pour les progrès réalisés, un système de commande de matériel, des rappels relatifs aux médicaments et un soutien de réseau social. Le tout à travers un glucomètre sans fil dont les données sont accessibles sur smartphone.

Sans oublier Sanofi qui a conclu en 2011 un accord global avec Medco Health Solutions et United BioSource Corporation pour « mieux exploiter et valoriser les données obtenues en situation réelle lors du développement des produits et tout au long de leur cycle de vie, afin d’améliorer la qualité globale des soins aux patients. » (cf communiqué du groupe datant de juin 2011). Medco et UBC fourniront des données obtenues en situation réelle ainsi que des données comparatives afin d’orienter la stratégie de développement des produits. L’objectif global est de développer des solutions intégrées pour les patients via le déploiement de nouveaux modèles de soins et d’améliorer l’observance des traitements et de fait, leurs résultats.

Des outils divers sont proposés ; du plus simple allant vers une offre faisant la part belle à l’innovation technique

Ces outils s’accompagnent de plus en plus de mécanismes d’alarme à régler pour produire un signal rappelant le moment venu de prendre sont traitement quotidien.

Cela commence avec le pratique pilulier qui se développe avec quelques variantes. Comme cette version canadienne, nommée : carte d’observance thérapeutique « Qube« . Dont la particularité est sa grande taille permettant d’y entreposer de multiples prescriptions et ordonnances.

Ou cette version « intelligente », à l’image de la solution SIMpill SMART qui compare les modalités de la prescription des médicaments via à vis de la prise effective par le patient. En cas d’oubli, le système avertit celui-ci ou ses aidants en envoyant un message SMS sur leur mobile. Concernant le suivi, des rapports d’observance sont disponibles par le patient et les professionnels de santé autorisés, via un site web sécurisé. Le système est également capable de gérer son remplissage : il peut envoyer un message au pharmacien ou à l’hôpital afin de prévoir un réapprovisionnement.

Un fabricant français de piluliers, Stiplastics, travaille actuellement sur un projet de pilulier intelligent, équipé de dispositifs électroniques, nommé Disdeo. Il serait notamment dédié aux patients atteints de maladies chroniques.

Les emballages de médicaments peuvent devenir un outil efficace en faveur de l’observance. C’est certainement vers cette voie que l’industrie pharmaceutique devrait miser pour développer sa stratégie de services auprès des patients et professionnels de santé. A titre d’information, depuis le 1er janvier 2011, la législation française impose la présence de Data Matrix sur tous les emballages de médicaments disposant d’une autorisation de mise sur le marché (AMM). Le Data Matrix est un emballage qui est capable de donner une information actualisée à tout moment. Au-delà, du bénéfice lié à l’aspect purement logistique (accès au numéro d’AMM, numéro de lot,  date de validité d’un médicament…), des recherches sont menées pour inclure des systèmes d’informations intelligents destinés à aider au respect des prescriptions thérapeutiques. La RFID (Radio-Frequency IDentification), une technologie qui a recours à des puces ultra-plates capables d’émettre des signaux radio, pourrait permettre de connaître les consommations effectives et d’aider les patients à mieux se soigner.

Aux Etats-Unis, les sociétés IMC ou MWV proposent des blisters équipés d’une puce RFID qui enregistre automatiquement la date et l’heure de chaque prise d’une pilule par le patient, cela permet le signalement des réactions indésirables sur celui-ci et de lui rappeler les heures de prise par un signal sonore.

Cette liste non exhaustive d’exemples démontre la sophistication des outils déjà existants autour de la prise de médicaments, en incluant des solutions innovantes à bases de puces, capteurs et autres systèmes de veilles.

Toutefois, comme indiqué plus haut, la communication entre le patient et le professionnel de santé reste un facteur clé de succès. Et cela peut prendre la forme de simples rappels sous la forme de SMS, comme à Marseille, au CHU de la Timone, où le suivi médical des malades s’effectue par SMS depuis plus d’un an via la solution CLEVERSMS de Clever Technologies. Cette technique permet d’assurer un suivi médical ou d’effectuer un rappel aux patients par texto concernant une prise de médicament, prise de tension, de contrôle d’albumine…Par une simple mise en place, le praticien peut planifier l’envoi des SMS plusieurs mois à l’avance et aux heures voulues.

La vidéo est également un moyen moderne au profit du professionnel pour communiquer avec son patient. Ici, cela concerne les pharmaciens américains avec l’exemple de Kerr Health, chaine de pharmacies aux Etats Unis, qui a bâti un programme d’observance thérapeutique via la vidéo. Ce nouveau service va permettre au pharmacien de faire des visites à domicile via la vidéo, poser des questions et s’assurer de la bonne prise des médicaments.

Des applis mobiles comme nouvelles alliées à l’observance

Et puis, on ne peut que constater la part croissante des applications mobiles, qui intègrent des modules de rappel de prise de traitement ou sont purement dédiées à la bonne observance médicamenteuse via son smartphone. A noter également, la diversité des acteurs présents dans ce domaine.

Citons l’application « Ma Pharmacie Mobile » (Pharmagest Interactive), qui intègre une aide à l’observance (alertes posologie journalière).

« iPharmacien » avec sa fonction de suivi de traitement. Du groupement de pharmaciens, le Groupe PHR

L’appli « Mon Asthme » du laboratoire GlaxoSmithKline permet de recevoir des messages rappelant de mesurer son Peak Flow et d’effectuer son test de contrôle de l’asthme (TCA).

« C Time » de Janssen-Cilag S.A.S., permet dans le cadre d’un traitement contre l’hépatite C, de paramétrer ses alertes et de visualiser les prises de médicaments.

Durant l’été 2012, Jansen a lancé aux US, son appli mobile « Care4Today » permettant aux patients de ne pas oublier la prise de médicaments.

Malakoff Médéric propose l’application  » Mes traitements  » permettant d’indiquer le détail de son traitement et de programmer ses rappels

L’appli « Medication Tracker » permet également de surveiller sa prise de médicament. A l’aide de compteurs qui s’actualisent à chaque prise. L’application propose également une page des statistiques de vos prises de médicament.

L’application « iPills » offre une personnalisation des médicaments plus poussée afin de les reconnaitre visuellement. Elle propose également une « pillbox », une sorte de boite de médicament virtuelle, où les médicaments passent de l’état « non pris » à « pris ».

Hippocrate a dit « les malades mentent souvent lorsqu’ils disent qu’ils prennent leurs médicaments ».

Maintenant, au moins, ils n’auront plus d’excuses en cas d’oubli… ;-)

Et vous, qu’en pensez-vous ?

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Sources :

(1) IGAS « Encadrement des programmes d’accompagnement des patients associés à un traitement médicamenteux » Août 2007.

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